Dans une France qui vire à droite, Gérald Darmanin se révèle indispensable à Emmanuel Macron

Dans une France qui vire à droite, Gérald Darmanin se révèle indispensable à Emmanuel Macron

Dans une France qui vire à droite, Gérald Darmanin se révèle indispensable à Emmanuel Macron

Dans une France qui vire à droite, Gérald Darmanin se révèle indispensable à Emmanuel Macron

PARIS — Il a déclaré la guerre à l’“ennemi de l’intérieur” islamiste et aux rayons halal des supermarchés. Il a lancé une opération qu’il a qualifiée de “massive” visant 76 mosquées en France, et cherché à restreindre la diffusion d’images de policiers. Il a aussi affirmé qu’il “s’étouffait” quand il entendait le terme “violences policières” — raillant un appel à s’élever contre la brutalité d’agents de police parti des États-Unis et qui a résonné de part le monde.

Gérald Darmanin, le ministre français de l’Intérieur, est au coeur d’une triple crise politique affectant les dernières étapes de la présidence d’Emmanuel Macron, et qui concerne les questions de l’islam, de la brutalité policière et de la liberté de la presse.

Et rien n’indique que M. Darmanin soit près de céder.

Cette semaine, le jeune ministre de 38 ans fait la couverture de Paris Match, signe sans appel qu’il a transcendé la bulle politique parisienne et pénétré la conscience du grand public. Le gros titre du magazine, “L’épreuve du feu”, figure avec une photo du ministre, l’air pensif.

Vilipendé à gauche et objet de méfiance pour ses anciens collègues de droite, M. Darmanin, le ministre qui a la charge de la police française, s’est rendu indispensable à M. Macron à un moment où une majorité de Français réclament l’ordre et la fermeté face à ce que le président nomme “l’islamisme” après une série d’attaques terroristes.

“Pour Emmanuel Macron, il est sa caution à droite”, estime Boris Vallaud, un parlementaire socialiste de premier plan, au sujet de M. Darmanin. “Il y a une exigence d’ordre en ce moment. Sur tout le terrain des libertés publiques, de la religion, il laisse son ministre aller de l’avant — jusqu’au jour où il tirera sur la laisse.”

Pour l’instant, la laisse n’a pas été tirée.

Pugnace et ambitieux M. Darmanin est, pour M. Macron, l’homme tout trouvé pour ce moment politique qui voit la France prendre un net virage à droite. Des jihadistes isolés assassinent des citoyens français; M. Darmanin ordonne un coup de filet sur les musulmans suspectés d’extrémisme. La police est accusée de brutalité et de racisme dans la foulée d’incidents violents; M. Darmanin prend leur défense, avançant qu’ils ont surtout besoin d’équipement et de conditions de travail meilleurs.

“Je voudrais leur dire qu’on leur doit aussi des excuses dans la façon dont nous les mettons dans la rue et qu’ils accompagnent au péril de leur vie des missions extrêmement difficiles”, a-t-il déclaré lors d’une audition parlementaire le mois dernier. Il a qualifié d’“actes indicibles” le passage à tabac filmé d’un producteur de musique Noir par la police, tout en insistant sur le fait qu’ils n’étaient que le fait d’“individus”.

La police souffre surtout d’un manque de formation, dit-il. Le prédecesseur de M. Darmanin au ministère de l’Intérieur, Christophe Castaner, a été remercié cet été pour avoir suggéré qu’il y a un racisme au sein de la police, provoquant la fureur des syndicats. M. Darmanin ne court pas ce risque. Il doit maintenant répondre à la colère des syndicats envers M. Macron, qui a osé faire des suggestions similaires lors d’une interview vendredi dernier avec le média en ligne Brut.

L’intervention du ministre à l’Assemblée Nationale a eu pour effet d’apaiser les puissants syndicats de police, de rassurer le crucial électorat de droite de M. Macron, et de faire signe à ceux qui ont été choqués par les violences. Elle ne peut que conforter la marche en avant d’un caméléon politique dont beaucoup pensent qu’il vise l’Elysée. Par certains aspects, elle reproduit l’exercice d’équilibrisme auquel se livre M. Macron, toujours sur la corde raide entre la gauche et la droite.

M. Macron était si désireux de garder M. Darmanin — qui était ministre de l’Action et des Comptes Publics avant de passer à l’Intérieur en juillet — qu’il a rangé de côté une accusation de viol contre le ministre datant de 2009 pour laquelle une enquête est toujours en cours.

Lors d’une interview cet été, interrogé sur l’opportunité de rouvrir l’enquête sur les accusations, il a répondu qu’“il ne m’appartient pas d’en juger”. Entre lui et M. Darmanin, a-t-il ajouté, “il y a aussi une relation de confiance, d’homme à homme.”

Ces mots ainsi que la nomination de M. Darmanin ont provoqué l’ire des féministes françaises, qui ont organisé des manifestations sur plusieurs jours, lesquelles ont pris fin dans l’indifférence générale. Les documents du tribunal et les témoignages dans cette affaire peuvent suggérer que M. Darmanin, avant de devenir ministre, s’est servi de sa position d’autorité pour obtenir des relations sexuelles avec une femme venue quérir son aide. M. Darmanin a reconnu les relations mais a insisté qu’elles étaient consenties.

L’affaire a été largement éludée — les avocats du ministre ont récemment obtenu le report d’une comparution devant les enquêteurs. M. Darmanin s’attèle désormais à une tâche à laquelle son prédécesseur avait échoué, celle d’apaiser la police dand un pays qui détient le ratio de fonctionnaire des forces intérieures par habitant parmi les plus élevés d’Europe. M. Macron sait bien ce qu’il doit à la police nationale française: ce sont les tactiques toujours plus fermes qui ont permis de mettre un terme au mouvement populaire des Gilets Jaunes qui menaçait sa présidence en 2018.

“Darmanin est quelqu’un qui s’adapte aux circonstances de façon très impressionnante”, juge Pierre Mathiot, le directeur de l’Institut d’études politiques de Lille, où M. Darmanin a étudié, et qui connaît ce dernier depuis plusieurs décennies.

“Donc, il a compris qu’il doit être ministre de la police. Et non pas des personnes en relation avec elle”, dit-il. “Il se sert de cette crise pour obtenir davantage que Castaner pour la police.” Il ajoute que M. Darmanin profitera de la proposition de restreindre la diffusion d’images de la police pour obtenir davantage de moyens pour celle-ci.

Les détracteurs de M. Darmanin ont du mal à le situer sur l’échiquier politique, voire culturel, illustrant combien il est utile à M. Macron, qui revendique lui-même une place au centre. Est-il à droite? Du centre? Un peu à gauche, peut-être, en raison de ses origines familiales modestes?

“C’est difficile de dire s’il est autoritaire ou non”, estime M. Mathiot. “Je ne pense pas qu’il soit si différent de Macron.”

M. Darmanin ne fait certainement pas partie de l’élite économique et culturelle qui garnit les rangs des collaborateurs du président. Son père tenait un bar à Valenciennes, dans le nord industriel, et sa mère faisait des ménages à la Banque de France. Le grand-père musulman de M. Darmanin avait combattu aux côtés des Français lors la guerre d’indépendance de l’Algérie, et son deuxième prénom est Moussa.

Les collaborateurs de M. Darmanin ne l’ont pas rendu disponible pour une interview. Si une demi-douzaine d’anciens collègues parlementaires de son ancien parti de centre-droit n’ont pas donné suite à des demandes d’interview, certains n’hésitent pas à fait part en public de leur amertume à son égard pour les avoir quittés pour rejoindre M. Macron.

“Il vient d’un milieu très populaire”, a expliqué l’un des principaux collaborateurs de M. Darmanin lors d’une interview, “et son idée, c’est que vous devez parler davantage aux gens. Il est l’incarnation de la droite ouvrière.” Le collaborateur a demandé à ne pas être cité nommément en vertu des règles qui prévalent dans les ministères français.

Avant que M. Macron ne le recrute en 2017, ses références politiques étaient incontestablement à droite. Il a dirigé la campagne de l’ancien président Nicolas Sarkozy lors de sa tentative infructueuse de retour au pouvoir en 2016. Il a été maire de Tourcoing, la ville industrielle au nord du pays (ses collaborateurs disent qu’il y retourne souvent arpenter les marchés pour dialoguer avec ses anciens administrés). Il a aussi été député de son département d’origine, au nord, dans les rangs du principal parti de centre-droit.

À l’Assemblée, il succédait à Christian Vanneste, l’homme politique qui lui avait mis le pied à l’étrier comme stagiaire mais qui avait été forcé par la suite de quitter le parti — M. Vanneste dit qu’il a démissionné — en raison de son homophobie flagrante. Saisissant l’occasion, M. Darmanin s’est présenté contre lui et a gagné. M. Vanneste ne le lui a jamais pardonné.

“C’est un carriériste et un arriviste absolument pitoyable”, dit M. Vanneste. “Il m’a trahi, c’est tout. On ne mord pas la main qui vous nourrit.”

D’autres ont un point de vue quelque peu plus nuancé.

“Ce qu’il essaie de faire, c’est de saisir les opportunités du moment pour se placer”, tempère le député centriste Charles de Courson. “Et Macron tente de s’en servir, pour écraser la droite.”


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